Ronald King

Ronald King
"Et vous savez qu'un peuple qui ne respecte pas sa langue ne se respecte pas lui-même."

*Écrit par Ronald King dans le texte " un ado distrait et lunatique", le 9 février 2009, pour le journal "La Presse"


P.S.: Cet article sera toujours le premier, donc ne vous fiez pas à lui pour voir si le blog est mis-à-jour
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# Posted on Monday, 09 February 2009 at 2:27 PM

Edited on Monday, 09 February 2009 at 3:37 PM

Vendredi soir à l'aréna

Vendredi soir à l'aréna


Un autre vendredi soir à l'aréna, un autre coach qui engueule un arbitre de 18 ans comme s'il venait d'égorger un enfant. Et envoye donc, grimpe sur le banc, claque la porte, hostie de câlisse, y a rien de trop de beau pour la jeunesse.

Un beau modèle.

L'arbitre, vous l'aurez deviné, n'a pas puni un joueur pee-wee de l'autre équipe pour quelque crime horrible comme avoir fait trébucher. Ou alors, il a trop puni un joueur de la sienne. Justice, il crie ton nom!




Et à la fin du match, ce coach (qui a des principes) refuse d'aller serrer la main des joueurs de 11 ans de l'autre équipe.

Un beau modèle, je vous dis.

L'exemple vient de haut, je veux dire plus haut dans l'aréna. Les parents en rajoutent. Ils hurlent à l'arbitre ou, dans les cas les plus subtils, l'abreuvent d'applaudissements sarcastiques.

Les parents? Il suffit de quelques-uns (ou quelques-unes) pour donner le ton. La foule est naturellement lâche et bête, toujours plus bête que la moyenne des individus qui la composent. Je le sais, j'ai souvent été dans une foule. Dès que vous en faites partie, elle vous aspire vers le plus bas commun dénominateur intellectuel. C'est la loi universelle de la gravitation des esprits humains rassemblés, dès qu'il y en a plus de quatre.

Depuis le temps que je fréquente les arénas, je n'ai presque rien appris sur le hockey. Par contre, j'ai compris un peu mieux l'importance du vote secret dans une démocratie.

À la fin de la partie, j'ai regardé ce jeune arbitre quitter la glace, encore invectivé par quelques parents en colère. Il était seul et droit avec son courage ordinaire d'un vendredi de février. Fait partie de la job...

Tout le monde a quitté pour vaquer à son reste de vendredi.

Aux nouvelles du soir, il était question de l'intimidation dans les écoles et de ce jeune «rejet» disparu depuis une semaine. Tous ces parents de hockey qui gueulaient à l'arbitre, n'en doutez pas, ont trouvé la chose épouvantable. Je les entends d'ici. Les jeunes d'aujourd'hui, ça n'a pas de bon sens... Il est temps que le gouvernement agisse...

J'avais un ami au secondaire qui avait cette très simple et très brave manière de se dresser devant la foule des élèves quand nous allions en mettre un peu trop pour rire d'untel, écarter tel autre. Vous savez, celui qui se lève pour ramener tout le monde à un peu de raison. Celui qui, sans forfanterie, de quelques mots bien sentis, fait remonter soudain l'humanité en chacun. Il est devenu avocat de la défense à l'Aide juridique, comme par hasard. J'ai pensé à lui tout d'un coup.

***

Pourquoi diable laisser nos enfants jouer dans un tel environnement, me demanderez-vous? D'abord, ce n'est pas tous les jours comme ça, bien loin de là. Eh! Pas dans notre équipe!

Ensuite, au cas où vous ne le sauriez pas, les enfants ont un jugement avant d'avoir l'âge de voter. Ils sont bien avertis de la présence de l'imbécillité sur leur planète. Pas seulement au hockey, aviez-vous remarqué? C'est la vie. Ils trouvent ridicules les coachs de ce modèle-là et ils en rient.

Alors, ils se concentrent surtout sur l'essentiel et se fichent pas mal de la foule. Ils sont là pour le pur plaisir de jouer, de fabriquer des jeux avec d'autres. Les enfants font partie de cette étrange entité qui dépend de chacun et qui dépasse chacun: l'équipe. Il y a une force mystérieuse à l'oeuvre dans une équipe. Ils apprennent à perdre, à se relever, à faire un effort, à gagner parfois. C'est bien aussi, gagner.

Et quand tout est terminé, qu'on les voit les cheveux mouillés et les joues rouges, le test est facile à faire. S'ils sourient encore, c'est que tout le reste ne les atteint pas très gravement. Il en faudra pas mal plus pour les écoeurer du hockey.

Alors, vendredi prochain, dans quelque aréna d'un quelconque code régional, j'y serai probablement et tout ira mieux, j'en suis certain. Car l'humanité progresse...

Certes, j'ai lu comme vous dans le (très bon) dossier de La Presse cette histoire d'un parent de joueur junior qui trouvait que l'école prenait trop de place dans la vie de son fils et nuisait à son hockey. Mais même le junior majeur a changé et se préoccupe presque sérieusement des études. C'est dire!

Et puis, qu'a-t-on vu la semaine dernière? La renaissance du hockey dans les cégeps. En attendant d'abolir ou de réformer les parents, si on accroche quelques jeunes à l'école grâce à ça, ce sera une victoire.

L'humanité progresse, il y a des indices.

* Texte écrit le 23 février 2009 par Yves Boisvert, pour le journal "La Presse"
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# Posted on Monday, 23 February 2009 at 5:55 PM

Populaire, le Red Bull Crashed Ice?

Populaire, le Red Bull Crashed Ice?
Il semblerait bien que non. En effet, plusieurs citoyens de la ville de Québec exigent une rencontre avec le maire de la vieille capitale, Régis Lebeaume, afin de discuter de la présentation annuelle du Red Bull Crashed Ice.Une partie de la population a de la difficulté à accepter qu'on ferme les rues du Vieux-Québec pour la compétition. Ce qu'ils revendiquent? L'organisation de la course à l'extérieur de la ville même de Québec, ou encore une alternance avec une autre ville. Car ce qui n'est pas acceptable à tous les ans l'est à tous les deux ans, évidemment.

Nouvelle sans importance? En apparence, peut-être, mais pas dans les faits. Ce mouvement, ce regroupement de citoyens mécontents me décourage, m'exaspère au plus haut point, tout simplement parce qu'il démontre parfaitement la mentalité des personnes peuplant notre province. Une mentalité conservatrice digne d'individus qui redoutent le changement et qui restent bêtement assis sur ses acquis. Même si Québec a fêté son 400ieme anniversaire de fondation, il ne faudrait quand même pas oublier que nous sommes en 2009, et non 1608.

Le Red Bull Crashed Ice, c'est cette fameuse course où des patineurs, armés de leur équipement de hockey, dévalent à des vitesses fulgurantes le vertigineux et surtout très difficile parcours érigé dans la ville de Québec. Si vous n'avez jamais vu une seule image de ces compétiteurs un peu fous avec le château Frontenac en arrière-plan, il serait peut-être temps de vous équiper d'un téléviseur. Le Red Bull Crashed Ice, c'est plus ou moins 200 000 personnes qui bravent le froid afin d'avoir sa place aux abords de la piste. C'est des patineurs, et surtout des spectateurs, qui viennent des quatre coins du monde. C'est une vitrine exceptionnelle pour la ville. Bref, soyons franc, c'est l'évènement de l'année à Québec.

Alors pour qu'elles raisons sommes-nous prêt à annuler l'événement? Ou du moins, à ne pas vouloir le présenter à chaque hiver? Comme je l'ai dit plus tôt, c'est la fermeture des rues du Vieux-Québec qui causent problèmes. Et mon problème, à moi, c'est que ce soit seulement sa, le problème. On a beau chercher, Red Bull semble avoir trouvé une alternative parfaite pour les villes d'envergures qui recherchent quelque chose d'envergure, justement, à offrir à sa population. Financièrement très rentable pour la municipalité qui l'organise, le Red Bull Crashed Ice est original, excitant, rassembleur, ne nuit pas à l'environnement, encourage les jeunes à faire l'activité physique et à jouer dehors l'hiver en plus d'aider de talentueux patineurs à se faire un nom. Mais oui, d'accord, il bloque les rues de la ville pendant une dizaine de jours. Et puis après? Les Francophonie, le Festival International de Jazz et le Festival Juste Pour Rire, à Montréal, se permet bien de fermer quelques artères de la métropole. Dans ce cas, c'est acceptable. Pas à Québec. Avez-vous déjà entendu quelqu'un se plaindre du grand-prix de F1 de Monaco car les rues de la principauté sont fermées pour l'événement et demander de l'organiser hors du centre-ville, ou simplement à tous les deux ans? Ah!, oui, j'oubliais. C'est pas la même chose, ce n'est pas au Québec. Putain, c'est n'importe quoi, votre histoire de rues!

J'espère que le maire de la ville de Québec se tiendra debout comme il m'a l'air d'être capable de le faire. Que Monsieur Labeaume comprendra que Québec a trouvé ce qu'il lui manquait, et qu'il ne le laissera pas filer. Qu'on se comprenne. Si Red Bull ne trouve pas le moyen d'organiser quelque chose dans la capitale québécoise, personne n'en sera capable. Personne

*Texte écrit par Olivier Larue, le 16 février 2009
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# Posted on Monday, 16 February 2009 at 10:28 PM

CH: Quelqu'un a-t-il une idée lumineuse?

CH: Quelqu'un a-t-il une idée lumineuse?

J'ai eu un aperçu assez précis du climat de panique qui enveloppe la ville quand un amateur, sérieux comme un pape, s'est vidé le coeur à la radio.

«En tant que gros partisan du Canadien, j'ai honte de sortir de la maison, mais je n'ai pas le choix, a-t-il dit. Faut bien que je vive...»

Faut sans doute se féliciter que des barrières anti-suicides aient été installées sur le pont Jacques-Cartier car j'ai l'impression que ce pont, pas seulement célèbre pour ses embouteillages, aurait reçu quelques visiteurs à la suite des deux méchantes claques que le Canadien a encaissées à Calgary et à Edmonton.

C'était l'année au cours de laquelle l'équipe devait mettre fin à la gênante hémorragie de 16 ans sans coupe Stanley. En cette année du centenaire, on ne pouvait quand même pas se contenter d'engranger des millions de dollars en produits dérivés sans rien offrir en retour.

À ce rythme, on retiendra surtout des fêtes du centenaire le retrait de quelques dossards glorieux et la sortie des boules à mites des chandails du temps de la première grande guerre. Ce n'était pas toujours élégant comme tenue vestimentaire, mais cela avait l'avantage d'être vendeur. Et Dieu sait s'ils en ont vendus.

On ne sait pas trop où l'actuelle culbute du Canadien va le mener, mais cette déroute n'annonce rien de bon. D'abord parce que personne ne se lève dans cette chambre pour brandir le spectre d'une possible élimination.

C'est beau de répéter que Saku Koivu se fend en quatre tous les soirs, mais on ne sent pas chez lui cette capacité de s'emparer d'un porte-voix pour réveiller tous les autres. Dans le vestiaire, on ne l'imagine pas y allant d'une tirade émotive capable de rembarquer à elle seule le train sur la voie ferrée. Pas le genre d'homme capable d'une telle prise de position, semble-t-il. Koivu a toujours exercé son leadership sur la glace. Toutefois, un capitaine doit aller beaucoup plus loin quand la barque est en péril.

Si Bob Gainey en était encore le capitaine, il y a longtemps que certains joueurs, pas toujours concentrés sur ce qu'on leur demande de faire, se seraient écrasés sous le regard glacial d'un homme qui n'entend pas souvent à rire. On m'a déjà raconté qu'entre les périodes, si Gainey se levait pour une raison quelconque, les joueurs, occupés à jaser entre eux, cessaient subitement de parler.

Pourquoi? Juste au cas où il aurait eu quelque chose à dire. Quand Gainey reprenait sa place après avoir bu un verre d'eau ou ajusté une pièce d'équipement, les discussions reprenaient. Ce silence constituait un pur moment de respect.

Aujourd'hui, cette forme de leadership n'existe plus. Quand la bourrasque risque de faire tanguer le navire, elle est pourtant essentielle.

Carbonneau a ses torts

À l'attaque, le Canadien ne manque pas de touristes en ce moment.

À la ligne bleue, c'est comme si les défenseurs avaient oublié tout ce qu'on leur a enseigné depuis leur sortie des rangs juniors.

Dans les buts, Carey Price, dont on vantait généreusement les nerfs d'acier, ne s'écroule pas uniquement sur la glace. Quand on le sent au bord des larmes après une défaite crève-coeur, on se dit que le Canadien est peut-être plus en difficulté qu'on l'imagine.

Comment ont-ils pu tous en arriver là en même temps? Comment expliquer qu'ils soient presque tous sur les freins?

Je souhaite me tromper, mais habituellement, quand cela se produit, c'est qu'on est de connivence pour faire sauter un coach qu'on ne peut plus blairer. Si c'est le cas, toutes ces vaches grasses doivent être remises à leur place au plus tôt.

Le même homme, qui en imposait tant dans un vestiaire qui abritait des Larry Robinson, des Guy Carbonneau, des Patrick Roy, des Chris Chelios et des Mats Naslund, tous de grands athlètes dont la majorité des joueurs du Canadien ne pourraient même pas transporter le jock-strap, cet homme-là dis-je, doit se lever à nouveau, ne serait-ce que pour leur rappeler que si cette organisation a connu autant de succès durant son riche parcours de 100 ans, c'est parce qu'elle a aligné de tout temps des joueurs qui n'avaient qu'une chose en tête: GAGNER.

J'espère qu'ils ne sont pas assis sur leur cul dans l'espoir de tuer une jeune carrière d'entraîneur parce que leur boss, celui devant lequel ils devront parader pour obtenir leur prochain contrat, n'est pas du genre à trembler devant ce genre de menace.

Cela dit, Carbonneau n'est pas sans reproche. Si ses joueurs sont irréguliers au plan de leurs performances, il l'est tout autant sur le plan stratégique. Carbonneau est trop souvent sans réponse, sans solution. À Edmonton, pour relancer l'équipe, il n'a pas trouvé mieux que chambarder radicalement ses trios. Dans une équipe totalement incapable de se défendre dans son territoire, il a inséré huit défenseurs. Résultat: 21 revirements au cours des 40 premières minutes ont pavé la voie à une débâcle de 7 à 2. Pourtant, malgré cette tactique infructueuse, il a encore une fois viré tout ça à l'envers dès le lendemain, au Colorado. À l'entraînement, on a vu des trios qu'on n'aurait jamais pu imaginer.

Des parvenus

Dites-moi, quelqu'un dans cette équipe pourrait-il y aller d'une suggestion solide pour mettre fin à ce carnage? Quelqu'un, parmi tous ces gens grassement rémunérés pour diriger le Canadien, a-t-il seulement sa petite idée pour replacer les choses? Pourrait-on aller plus loin qu'une simple chaise musicale entre joueurs?

Cette équipe est minée par l'individualisme. Chacun pense à sa petite personne. Il y a des jeunes qui se croient arrivés. Il y a des parvenus dont on entend de moins en moins les noms dans les descriptions de matchs.

Même si Carbonneau avait suffisamment d'imagination pour pondre 20 trios par soir, il n'est pas là, le problème. Le malaise est beaucoup plus profond. Pendant qu'on y est, le directeur général pourrait-il descendre au vestiaire pour foudroyer du regard les traîne-savates qui sont en train de regarder l'équipe glisser hors des séries?

*Texte écrit par Bertrand Raymond, le 12 février 2009, pour le site www.ruefrontenac.com
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# Posted on Saturday, 14 February 2009 at 10:55 PM

Je ne suis pas un vieux monsieur


Depuis quelques années, quand on me demande comment ça va, je réponds invariablement: ça va comme un vieux monsieur. C'est devenu un tic de langage dont je n'arrive plus à me débarrasser.

Un tic, rien qu'un tic. Je n'ai jamais senti que j'étais vieux. Pourtant, et c'est mon sujet tordu d'aujourd'hui, je le suis.



C'est cela. J'ai beau répéter comme un foutu perroquet que je vais comme un vieux monsieur, je n'ai pas réussi à m'en convaincre, à m'infuser de cette évidente réalité. Eh! non, ce n'est pas du déni, c'est une impossibilité sociale.


Tout est organisé dans cette société pour vous empêcher d'être vieux. Il y a bien des maisons de vieux, des foyers, des hôpitaux, mais pour les vieux ordinaires comme moi, pas encore grabataires, rien. La vieillesse ordinaire n'existe pas. Ce n'est pas un état reconnu. Ce n'est pas un territoire de l'imaginaire. Ce n'est même pas un espace civique et civilisé. Être vieux dans ce pays est tout au plus un loisir pépère.

Comment pourrais-je être vieux quand tout s'y oppose, à commencer par le langage? J'ai déjà parlé de ces expressions débiles que sont les aînés, le bel âge et quoi encore. Mots contre nature puisque, par nature, les mots sont faits pour désigner la réalité et qu'ici, justement, ils la nient. Exactement comme ces mots qu'on a inventés pour nier les infirmités et les infirmes, on a inventé un mot - aînés - pour ne pas dire vieux. Il n'y a plus de vieux par arrêt du langage.

Et avec le langage, le cul. Il n'y a plus de vieux puisqu'ils bandent. Regardez les pubs de Viagra. Non seulement ils bandent, mais ils le disent à toute la rue. Je suis d'avis que la sexualité chez les vieux ne devrait pas être montrée ni discutée plus que celle des iguanes. Je trouve que si un sujet doit rester tabou, c'est bien celui-là. Je n'irai pas voir ce film allemand - Le septième ciel -, même très beau, très intelligent, même respectueux, qui montre de vieux corps qui exultent.

Les vieux devraient s'interdire de parler de leur sexualité sauf avec leurs partenaires et leur médecin. Je reçois parfois des courriels d'hommes - toujours des hommes - qui me disent: c'est pas pour me vanter mais j'ai 61 ans, et pourtant hé hé, ho ho, ha ha... Et ta soeur, Ducon? Tu l'imagines en train de se faire sauter par un iguane? Je l'avoue, je deviens un peu fasciste avec les vieux qui bandent, avec les vieux à Cuba et avec les vieilles putes botoxées à froufrous.

Le langage. Le Viagra. La pression sociale aussi. Vous, en fait. Vous, par l'absurde. Quand vous me traitez de vieux con, par exemple. Vous induisez clairement que je suis con parce que je suis vieux. Il n'y a rien de plus faux. Question connerie, à 20 ans, j'étais un cas pour la science. Un peu moins à 30. À 50, j'étais normal. À 70, je suis comme Réjean Tremblay: légèrement au-dessus de la moyenne. Combien on parie que, à 80, j'accoterai la mère Bombardier?

L'autre jour, j'arrête au dépanneur à Notre-Dame-de-Stanbridge. Le type qui entre derrière moi me dit: c'est vous, la Yaris bleue?

Sans vous offenser, monsieur, poursuit-il, vous conduisez vraiment lentement, et c'est aussi dangereux que d'aller trop vite. Je vous suis depuis Saint-Ignace sans pouvoir vous doubler sur cette petite route enneigée, vous n'avanciez pas...

Vous avez raison, ai-je admis, c'est parce que j'ai peur.

Il m'a fait un sourire forcé. Je savais qu'il pensait qu'on devrait retirer les vieux de la route. Sauf que je conduis mal depuis toujours, j'ai une peur bleue de déraper quand c'est glacé, je conduis mal pour la même raison que je danse mal, que je ne sais pas plonger, que j'ai peur de descendre vite à vélo. Rien à voir avec l'âge. Un psy m'a déjà expliqué que cela aurait à voir avec le lâcher-prise, sauf que je ne sais pas ce que c'est.

L'autre jour, je prenais un chocolat chaud, il y avait de la musique et quelqu'un a demandé à la caissière: c'est quoi, la musique? J'ai dit c'est Arcade Fire. Je ne connais rien d'Arcade Fire, mais ce truc-là, on l'entend partout. Le jeune type et la caissière m'ont toisé, bêtes comme leurs pieds. J'incarnais soudain le vieux-jeune, la pire sorte de vieux qui soit: le vieil ado cool.

Bref, chaque fois que vous me dites que je suis vieux, je ne suis pas ce vieux-là. Je ne suis jamais aucun des vieux que vous voulez que je sois.

Pourtant je suis vieux. Enfin, je le serais si c'était permis. Si c'était un état reconnu. Un espace civique et civilisé. Si être vieux dans ce pays pouvait être autre chose qu'un loisir débile.

Je me souviens d'un autre temps où les vieux devenaient vieux très tôt, avaient le temps d'apprendre leur rôle, s'acceptaient plus lents comme des fumeurs de pipe même quand ils ne fumaient pas, labourant moins grand mais retournant plus creux. S'ennuyant un peu. Je me souviens de vieux plus crachouilleux, moins cosmétiques. Ma mère, tiens. Attendez que je calcule...

Quand j'avais 15 ans, elle en avait 53. Je l'aimais bien mais, franchement, elle aurait pu marcher un peu plus vite. On va rater notre train, maman. Mes varices, s'excusait-elle. Dans le train, elle refaisait le bandage autour de sa jambe, fixait le tout avec une épingle de nourrice, rabattait sa robe noire en la lissant et s'effarait soudain que je la regardasse avec autant de dédain: Ben quoi! Tu verras quand tu seras vieux.

Eh bien, j'aurai 69 ans cette année, et je n'ai toujours pas vu.

Arrondissons: je vais sur mes 70 ans et je suis moins vieux que ma mère l'était à 50. C'est d'autant plus incroyable que j'ai les mêmes varices qu'elle, à la même jambe.

À 50 ans, comme la plupart des femmes du même âge à cette époque, ma mère était vieille. Elle est morte à 80 ans.

Je pourrais tout à fait mourir au même âge qu'elle, sans jamais avoir été vieux.


*Texte écrit par Pierre Foglia, publié le 31 janvier 2009 pour le journal "La Presse"
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# Posted on Saturday, 14 February 2009 at 10:47 PM

Foglia

Foglia

"Tant qu'à dire des folies, savez-vous pourquoi le chien est le meilleur ami de l'homme? C'est Tonton, un de mes sept chats, qui m'a demandé ça l'autre jour. Il n'est pas censé parler, je sais bien, mais bon, ça lui est arrivé juste cette fois-là; depuis la mort de Picotte, Tonton est mon chat préféré, j'aime bien le prendre dans mes bras, le papouiller, le coller sur ma joue. C'est dans cette position que l'autre jour il m'a dit à l'oreille: sais-tu pourquoi le chien est le meilleur ami de l'homme?

Non, Tonton, je sais pas.

Parce que les chats ne voulaient pas, calvaire! Lâche-moi!"

*Texte écrit par Pierre Foglia pour la chronique "Le beau", publié le 14 février 2009 pour le journal " La Presse"

# Posted on Saturday, 14 February 2009 at 10:39 PM

Gainey, bien assis sur ses mains.

Gainey, bien assis sur ses mains.
Le CH est en pleine débandade. Mais ne vous retournez pas vers Bob Gainey dans l'espoir de le voir réaliser LA transaction canon qui corrigera l'une des sévères lacunes de son club. Il pourrait bien sûr échanger quatre trente sous pour une piastre d'ici le 4 mars, mais le grand coup ne viendra pas.

Il y a deux ans, le CH avait raté les séries par la peau des dents. Dans le dernier droit, le directeur général s'était attiré bien des foudres en restant assis sur ses mains. Mais à l'heure du bilan, ses explications étaient pleines de bon sens. « L'équipe éprouvait des difficultés majeures à cinq contre cinq. Aucune transaction ne nous aurait permis de régler un problème collectif de cette ampleur », avait-il indiqué.

Bref, quand le bateau prend l'eau, il ne sert à rien de le vider à la cuillère.

Cette année le Canadien n'a pas de problème structurel aussi important qu'en 2006-2007. Il ressemble plutôt au réseau d'aqueduc de la ville qui est hockey : il y a des fuites un peu partout.

L'attaque devait être dominante. Après 50 matchs, on voit clairement qu'elle ne l'est pas. Le meilleur marqueur du club est Andrei Markov et le deuxième marqueur, Robert Lang, est fini pour la saison. Deux des piliers de la campagne Cendrillon de l'an passé, Tomas Plekanec et Alex Kovalev, patinent dans le sable mouvant depuis le jour un du calendrier. Ils sont enfoncés jusqu'aux yeux dans une saison merdique et ils ne s'en sortiront pas. L'attaque à cinq ne fonctionne pas.

En septembre dernier, Gainey aurait certainement dû soigner des ulcères d'estomac si on lui avait dit qu'à 30 matchs des séries, Maxim Lapierre allait être son deuxième joueur de centre. Et peut-être son joueur le plus utile.

La défense devait être ordinaire. Elle l'est ! Et peut-être encore un peu plus qu'on ne l'aurait imaginé. La progression de Ryan O'Byrne n'est jamais venue. Roman Hamrlik recommence à peine à s'impliquer physiquement. Et maintenant qu'on commence à lui accoler une valeur de quatre, cinq ou six millions $, Mike Komisarek est épié de toutes parts. De plus en plus de gens se rendent compte qu'il est un honnête défenseur défensif qui, par ailleurs, a l'immense chance de voyager sur la queue du veston de Markov.

En septembre dernier, Gainey aurait peut-être poliment souri si on lui avait dit qu'à 30 matchs des séries, l'absence de Patrice Brisebois allait se faire sentir à la ligne bleue.

Devant le filet, on s'attendait à voir Carey Price briller de tous ses feux. « Il a tiré de précieuses leçons de son expérience de la saison passée. Il a perdu du poids. Il est prêt », qu'on disait. Or, le nom de Price n'est plus jamais prononcé dans la même phrase que celui de Patrick Roy. Sauf lorsqu'on entend quelqu'un lancer : « Price n'aurait jamais dû être comparé à... »

Personne ne niera le talent de Carey Price. Mais il n'a que 21 ans et quelqu'un, quelque part, a eu recours à une forme de pensée magique pour se convaincre qu'il pouvait traîner l'organisation sur ses épaules. La réalité, c'est qu'il est encore un gardien numéro un moyen. A work in progress, comme on dit. Ou par le temps qui court, A work tout court.

C'est ça le portrait du Canadien. Une belle machine qui coule d'un peu partout. Trop de « Si » et trop de « Il faudrait que... ». En plus, Gainey est prisonnier d'un carcan qui le force à rester assis sur ses mains.

- Il ne peut échanger ses jeunes parce qu'il y a dix futurs joueurs autonomes au sein de son alignement. Le virage jeunesse de 2009-2010 est inévitable.

- Il ne peut échanger ses défenseurs parce qu'il en manque déjà.

- Il ne peut échanger ses vétérans parce qu'ils seront presque tous autonomes à la fin de la saison et qu'ils n'ont pas suffisamment de valeur pour être impliqués dans quelque transaction valable.

Cessez donc tout de suite de regarder Bob. Il a les mains au chaud et les doigts croisés.

Je l'entends déjà répéter un vieux classique : « La solution devra venir de l'intérieur... »

*Texte écrit par Marc Leclerc, le 8 février 2009, pour le site www.ruefrontenac.com
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# Posted on Monday, 09 February 2009 at 3:03 PM

Le Québecois est trop songé pour les Français


Français, Françaises, lisez ceci. Sérieusement. Je sais que ce n'est pas facile pour vous de prendre un Québécois au sérieux. Les Québécois vous font rire. Vous nous trouvez marrants avec notre accent. Et nos expressions truculentes. On est des Ch'tis version extrême. Des Och'tis!

Ah! Vous nous aimez bien! Mais avec un petit sourire en coin. Comme on aime un cousin qui vient de loin. Qui vient de creux. Comme on aime un innocent. Comme Rose-Anna aimait Ti-Coune.



Quand Barack Obama ira visiter votre Sénat, un député le recevra-t-il en utilisant une expression typiquement américaine: «What the fuck, Mister President?» Sûrement pas. Alors pourquoi avoir demandé à Charest s'il avait la plotte à terre? Vous qui vous drapez dans le décorum et les formules de politesse, vous qui êtes si distingués habituellement, pourquoi en présence d'un Québécois, fût-il même le premier ministre, vous relâchez-vous comme si vous aviez déjà gardé des cochons ensemble?


Le député Lasbordes a expliqué sa familiarité en disant que c'est un ami québécois qui lui a suggéré d'aborder notre PM ainsi. Que ça mettrait l'indigène à l'aise. N'importe quoi. Si un ami français d'André Arthur lui propose de saluer le président français, à sa prochaine visite à la Chambre des communes, en lui lançant: «Comment va le connard à Carla?», Arthur risque d'avoir assez de discernement pour juger que ce n'est pas une bonne idée. Alors comment se fait-il que des êtres aussi cultivés et éloquents que vous se permettent de tels impairs?

Parce que vous ne comprenez pas le québécois. Pour vous, le québécois est un langage de clowns. Toutes nos expressions sont des farces. Du Ding et Dong! Eh bien non! Tabarnak, ostie, collis, ce n'est pas drôle. Ce ne sont pas des expressions folichonnes. On les dit quand on est choqué. Insulté, blessé, enragé. Il ne faut pas s'en servir hors contexte. On ne dit pas: «Vous êtes belle, ma tabernak!» Ce n'est pas délicat. Je sais, ça vous amuse. Parce que pour vous ces mots sont rustiques. Presque bucoliques. Ils sentent le bois et le fromage Oka. Tant mieux pour vous. Mais puisqu'ils nous appartiennent, puisqu'ils sont nôtres, vous devez respecter le sens qu'ils ont pour nous. Et vous en servir à bon escient.

J'ai déjà lu dans Libération, un très bon journal écrit par des journalistes très songés: «Le chanteur tabernacle Roch Voisine». C'est quoi, ça? Le chanteur tabernacle? Le critique voulait faire du style? Le critique voulait faire québécois? Faire cabane au Canada? Ben qu'il le fasse comme du monde. À la limite, il aurait pu écrire: «Roch Voisine, le chanteur qui plaît aux pitounes.» Voilà pour le côté bûcheron. Mais le tabernacle ne doit pas servir à toutes les sauces. Est-ce que dans Le Devoir, Sylvain Cormier écrirait: «Le chanteur à la con, Johnny Halliday...»? Juste pour faire français. Juste pour faire parigot. Ben non!

Quand on veut se servir des expressions de gens venus d'ailleurs, il faut les comprendre. Or le québécois ne s'apprend pas chez Berlitz en deux semaines, c'est trop complexe. Il y a trop de nuances. Se paqueter la fraise, ça veut dire se saouler. Mais paqueter ses p'tits, ça ne veut pas dire saouler ses enfants, ça veut dire s'en aller. Avoir un ostie de char, c'est conduire un citron. Mais avoir un char qui roule en ostie, c'est avoir une caisse d'enfer. Avoir la plotte à terre ne fait pas référence à une pelote de laine déroulée. Ce n'est pas être au bout du rouleau. Être au coton. C'est beaucoup moins subtil. C'est plus con, c'est le cas de dire. Bref, embarquez-vous pas là-dedans. Le québécois est une langue trop explosive pour s'en servir impunément.

Vous avez beau être éduqués et couverts de diplômes, ne parle pas québécois qui veut. Cessez d'être guidés par votre condescendance à notre égard. Vous n'êtes plus la mère patrie. Vous êtes la mère partie. L'enfant s'est débrouillé tout seul. Et cela a donné ce que cela a donné. Sarkozy n'a pas à savonner les souverainistes québécois, pas plus que de Gaulle n'avait à les encenser. Nous ne sommes plus la Nouvelle-France. Nous sommes le Québec ou le Canada ou l'Amérique. On ne le sait pas trop, mais c'est de nos affaires. Daniel Johnson père ne disait pas au Général quoi faire avec l'Algérie. Jean Charest ne dit pas à Sarkozy quoi faire avec les sans-papiers. Nos bébelles, ce sont nos bébelles. Votre truc, c'est votre truc. Respect, les mecs!

De toute façon, au rythme où vont les choses, un jour ou l'autre, c'est certain, on va le gagner, votre respect. Vous ne vous moquerez plus de notre accent. Vous ne détournerez plus nos expressions pour faire rire la galerie. Vous nous comprendrez enfin. Vous nous traiterez avec tous les égards. Et ce jour est pour bientôt. C'est le jour où tous les Québécois parleront anglais. A few days after, it will be your turn.

*Texte écrit par Stéphane Laporte, le 9 février 2009, pour le Journal "La Presse"
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# Posted on Monday, 09 February 2009 at 2:56 PM

La solution se trouve-t-elle à Hamilton?

La solution se trouve-t-elle à Hamilton?

Les déboires des Canadiens de Montréal font de plus en plus jaser. Les partisans s'impatientent, l'équipe descend dangereusement au classement et l'entraîneur semble être à court de solution. Carey Price est ébranlé mentalement, il est évident qu'il a besoin d'aide pour s'en sortir, et ce n'est pas Halak, si bon soit-il, qu'il l'aidera. On fait quoi, maintenant? On laisse Price sur le banc et on demande à Jaroslav de nous amené en série? Où on remet un Price fragile et démoli psychologiquement devant le filet? Et si la solution se trouvait à Hamilton et se nommait Marc Denis?

Marc Denis, qui a accepté d'aller retrouver ses moyens dans la ligue américaine, à fort bien jouer depuis le tout début de la saison : quatre blanchissages, 16 victoires en 28 rencontres, une moyenne de but alloués par match de 2.58 et un pourcentage d'arrêt de 91,4. Ses moyens, je crois qu'il les a retrouvés. Dans ce cas, pourquoi est-ce que la direction du grand club s'entête à ne pas le faire jouer? Pourquoi a-t-il dû réchauffer le banc sans arrêt pendant qu'il était à Montréal lors de la blessure de Carey? Ses performances sont bonnes, son attitude irréprochable, et on sait très bien qu'il peut garder les buts dans la ligue nationale.

Bon, maintenant, soyons réaliste. Marc Denis ne sera pas le gardien partant du tricolore cette saison. Il ne sera pas non plus celui qui assurera la place du club de Guy Carbonneau à la danse du printemps. Par contre, je crois sincèrement qu'il est celui qui peut relancer Carey Price. On laisse chaque soir trois ou quatre joueurs dans les estrades, on peut bien ajouter dans cette liste un gardien et ainsi compter sur trois cerbères qui voyagent avec l'équipe sur une base temporaire. Ce que je souhaite, c'est qu'on donne à Denis deux ou trois départs de suite, et voir ce qu'il a dans le ventre. Je suis convaincu qu'il fera le travail. Durant ce temps, les deux jeunes pourront se reposer et retravailler leur technique. De plus, et c'est là le point le plus important, Denis a vécu des situations semblables à celle qui vit Price. Il sait ce que c'est d'être un gardien numéro un avant de tomber en chute libre. Il peut donc lui parler, lui faire part de son expérience, lui lancer des pistes de solutions, le réconforter et lui rebâtir sa confiance. Denis mérite de voir son travail récompensé en jouant dans la ligue nationale.

Price est le seul et unique gardien ayant un contrat avec le Canadien capable de mener l'équipe aux grands honneurs, le seul capable de faire rêver les partisans. Le but, ce n'est pas d'en trouver un autre en Marc Denis. L'objectif, c'est de faire en sorte que le #31 retrouve tous ses moyens au plus vite. Lorsque cela sera fait, c'est bien dommage, mais Marc devra retourner avec les Bulldogs. Par contre, il aura effectué avec brio ce que le Canadien demandait de lui.

Donnons-lui deux départs. Juste pour voir. Guy Carbonneau l'a dit lui-même : « Ça ne peut pas être pire. » Alors qu'a-t-on à perdre?

*Texte écrit par Olivier Larue, le 9 février 2009

# Posted on Monday, 09 February 2009 at 10:52 AM

Scandale: Michael Phelps est humain!

Scandale: Michael Phelps est humain!

Ainsi donc, le nageur Michael Phelps, multiple champion olympique, homme-requin, fume du pot. C'est le tabloïd britannique News of the World qui a révélé cette dangereuse déviance à l'humanité.

À la une du journal, dimanche: photo du roi de Pékin de côté, tétant un «bong», une pipe à eau géante. Dans le bong, de la mari.

Le titre: PHELPS GOES BONG.

Phelps, 23 ans, s'est excusé comme il se doit: en payant une armée de relationnistes hautement entraînés dans la gestion des crises médiatiques pour trouver les mots de contrition de circonstance.


Car, comme chacun le sait, la crise médiatique est la pire ennemie du héros moderne: elle menace ses contrats publicitaires.

Les excuses, donc, rapportées dans la dépêche d'AFP: «J'ai eu une conduite regrettable et j'ai fait une erreur de jugement. J'ai 23 ans, et en dépit de ma réussite dans les bassins, j'ai agi comme un jeune, d'une manière incorrecte. Ma conduite n'est pas celle que le public attend de moi. De cela, je suis désolé. Je le promets à mes fans et au public: cela n'arrivera plus.»

Speedo, qui commandite l'octuple médaillé d'or des JO de 2008, a rapidement affiché son appui «à Michael et à sa famille». Même chose pour Omega, le fabricant de montres, qui a rappelé à tout le monde qu'il s'agit là d'un «non-événement», puisque le nageur a consommé du pot en privé.

Le scandale, ce n'est pas que Phelps ait fumé du pot. C'est que ce soit encore un scandale de se faire «prendre» à fumer du pot. Que le pot soit encore l'objet d'une prohibition débile, risible, débranchée des moeurs de l'Occidental moyen.

J'ai un scoop pour le News of the World, que je lui soumets, comme ça, gratuitement. Tiens, je lui soumets même le titre: TOUT LE MONDE FUME DU POT.

Méchant scoop, je sais, vous tombez en bas de votre chaise. Mais c'est vrai. Tout le monde fume du pot. Michael Phelps, 23 ans, fume du pot. Big deal! Qui n'en fume pas? À part moi, je veux dire (pas de farces)?

Tout le monde fume du pot. Je ne dis pas que c'est une bonne chose, je dis que c'est répandu, c'est quasiment la normalité, c'en est banal.

Probablement que le gars qui a pris la photo de Phelps fume du pot. Et la fille qui a pondu l'article. Son boss, aussi. Le gars qui a écrit le titre? Ah, lui, c'est sûr qu'il en fume, et du bon, je gagerais que c'est le pusher du journal.

Et n'oublions pas le lecteur qui va acheter son News of the World...

Pourtant, partout en Occident, le pot est à peu près interdit. Amendes, prison, embarras public: la police veille au grain, les lois ont des dents, la Guerre à la drogue ne fait pas de quartiers. Et ces tabloïds qui guettent les stars qui se gèlent doucement...

Combien d'Américains arrêtés pour des infractions touchant le pot, en 2007? Plus de 800 000. La majorité, pour possession simple. Une folie.

«C'est cocasse que le plus grand médaillé olympique de l'histoire fume du pot. Ça détruit la thèse selon laquelle le pot mène à la déchéance!» rigole Jean-Sébastien Fallu, prof à l'École de psycho-éducation de l'Université de Montréal, qui milite pour une approche moins répressive et plus éducative face à la drogue.

Fallu, qui me sort cette statistique: 70% des jeunes Québécois dans la vingtaine fument du pot. Nous ne sommes plus dans la déviance. Nous sommes dans un mode de vie...

En 2005, Jeffrey A. Miron, prof à Harvard, a calculé que si l'État américain légalisait le pot, il économiserait sept milliards de dollars par année en frais de toutes sortes (flics, avocats, prisons). En le taxant comme l'alcool et la cigarette, il engrangerait (au bas mot) plus de six milliards de dollars annuellement.

De quoi financer 10 jours de guerre en Irak...

Parmi les 500 économistes qui ont appuyé le débat lancé par Miron: Milton Friedman, Prix Nobel d'économie (1976), leader de l'École de Chicago, pape des néolibéraux modernes. On est loin des clowns du Bloc pot.

Mais savez-vous où est le signe le plus patent de la tolérance, non, pardon, de l'acceptation du pot chez les masses stressées?

On le trouve dans la réponse «positive» des commanditaires de Phelps.

Ils savent que les acheteurs de costumes de bain fluo et de montres de luxe fument du pot, eux aussi. Ils savent que ces acheteurs voient ce «scandale» pour ce qu'il est: une autre singerie obligée de la War on Drugs.


*Texte écrit par Patrick Lagacé, et publié le 3 février 2009 pour le jounal "La Presse"
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# Posted on Sunday, 08 February 2009 at 9:38 PM